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La galerie d'art
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BONHEUR Rosa (1822 - 1899)

Vue sur le Château de Montségur, circa 1850, signée par Rosa Bonheur et présence au dos du cadre du cachet de la vente cataloguée Rosa Bonheur 1900, n° 819 de la vente, intitulée alors « Le piton dans la vallée / the peak in the valley »

Huile sur toile signée en bas à droite, cadre en bois doré d'époque
Encadrée : 44.5 x 58.5 cm – 25,5 cm x 40 cm (œuvre seule)
Très bel état, l’un des rares paysages purs de l’artiste - Remarquable cadre en bois doré augmenté par une marie-louise en lin dorée à la feuillure
14 000 €

Descriptif

Paysage représentant une vue de Montségur, probablement depuis le col, dont la forme du « pog » en pain de sucre - « pog « en occitan signifie « éminence » que l’on peut traduire par « mont »- est immédiatement identifiable.

Le catalogue de la célèbre vente posthume de 1900 par la galerie George Petit qui dispersa les œuvres précieuses que contenait son atelier, présentait ce tableau sous le n° 819 sous un titre étonnant qui ne pouvait être le fait de l’artiste : « Le piton dans la vallée ». Le site pourtant si reconnaissable de Montségur, matrice de l'oeuvre au point de se substituer aux plus usuelles représentations animalières, n’avait donc pas été identifié. 

Il s’agit de l’un des rares paysages purs de l’artiste et probablement de l’un des plus intenses. 

Car Rosa Bonheur n’a pas pu choisir par hasard ce lieu chargé qui fut au cœur du plus grand conflit spirituel de l’histoire médiévale. 

Montségur est en effet à la hauteur de la personnalité et du destin d’exception de l’artiste, elle qui fut glorifiée de son vivant ; le catharisme, dans l’affirmation tragique de sa liberté l’aura probablement touchée.

Haut lieu du catharisme, édifié sur un pog ariégeois difficile à assiéger, le château de Montségur, dont il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges, constituait l’un des derniers bastions de la religion cathare ; sa prise tragique en 1244, après plusieurs tentatives infructueuses, sous le règne de Saint Louis, précipita la fin des « hérétiques ».   

Religion dissidente d’essence chrétienne mais dualiste et influencée par le Manichéisme, particulièrement affirmée en Occitanie, les cathares furent persécutés par les tenants de la religion catholique et le bras armé de l’Inquisition alors même qu’ils se qualifiaient eux-mêmes de « bon chrétiens ». 

Ils rejetaient la corruption du monde matériel et de ses représentants dont seule la mort, après le baptême, les libèreraient, et vivaient en communauté. La Terre figurait pour eux le royaume du Mal, et les cieux seuls, le royaume d’un Dieu bienveillant. 

Deux cent vingt « Parfaits » firent le choix de périr brûlés vifs plutôt que d’abjurer leur foi après la chute du château. La stèle du « Camp dels Cremats » (Champ des brûlés en occitan) commémore encore aujourd’hui cet acte de résistance.

Montségur demeure un lieu touristique prisé du Languedoc, attisant les mythes. 

C’est Montségur qui aurait renfermé le trésor des cathares mais celui-ci aurait pu, durant le siège, être déplacé jusqu’à Crémone en Italie. Trésor cathare qui aurait, selon certains, renfermé la coupe du Graal.
Un trésor en amenant un autre, Montségur est présumé avoir abrité les derniers Templiers près la suppression de l’ordre par le pape Clément V.
 

Enfin, phénomène solaire avéré que l’on retrouve à Quéribus (autre château cathare), un phénomène solaire se manifeste lors des deux solstices d’hiver et d’été, étayant la thèse d’un culte solaire d’origine manichéenne pratiqué par les cathares.

L’art de Rosa Bonheur est donc de réinvestir dans l’espace de la toile tout à la fois le le lieu géographique, imposant en lui-même, et le lieu historique, en tendant à l’Universel. 

La composition de ce tableau se concentre naturellement sur l’atmosphère qui se dégage de Montségur. 

Le choix d’une lumière vespérale adoucit la force intimidante du lieu.

La large palette dédiée aux verts vibrants et aux bruns chauds qui composent essentiellement le pog de Montségur et la montagne au premier et arrière-plan se déclinent dans une infinité de nuances épousant la lumière et les courbes topographiques. 

A cette palette tendre, herbeuse, terrestre mais hédoniste – Rosa Bonheur réconciliant ainsi symboliquement les cathares détachés des plaisirs terrestres – vient, dans un contraste harmonieux, s’ouvrir le champ du ciel ; ce Paradis auquel aspiraient les cathares, seul des deux mondes à être libéré du Mal.

Le château de Montségur dont on peut vérifier que les vestiges étaient plus entiers en ce XIXe siècle qu’aujourd’hui – et cela constitue un témoignage archéologique – règne pleinement sur le royaume des hommes comme sur celui des cieux.

Aussi, est-ce juste à l’échancrure du pog que Rosa Bonheur place la revanche des suppliciés.

Attachant une importance particulière aux coloris du ciel qu’elle veut immortaliser dans cette peinture de Montségur, c’est là, dans le rougeoiement d’un soir apaisé, loin de l’Histoire et de ses massacres, que l’artiste libère les cathares.

Ici, dans son déhanchement arboréen, que les "Parfaits" atteignent et s’incarnent une dernière fois dans un ciel céruléen traversé de nuages laiteux, roses jusqu’à l’incarnat paradisiaque. 

La noirceur de l’Histoire s’abolit par delà le temps, les guerres, en communion avec la Beauté d’un lieu unique, d’une émotion universelle, et la grandeur d’une liberté partagée.

Au dos du tableau parfaitement rehaussé par un cadre en bois doré d’époque, augmenté d’une marie-louise en lin doré à la feuillure postérieure, figure le cachet de la vente de l'atelier de Rosa Bonheur ; une célèbre vente cataloguée posthume qui eut lieu en 1900. 

Paysage d’histoire qui se mue en paysage pur, c’est un paysage virtuose et pacifié que nous offre Rosa Bonheur au terme, jamais achevé dans sa contemplation, de cette peinture de Montségur     

Biographie

Artiste cotée, aussi prisée par la Reine Victoria, les cours européennes, qu'admirée de son vivant par le public américain qui la découvre à travers son portrait de Buffalo Bill ; indépendante et avant-gardiste, féministe mais artiste avant toute chose, à l'instar de George Sand ou de Sarah Bernhardt, Rosa Bonheur possédait une personnalité très affirmée.

Le souffle épique du "Labourage nivernais" la mit rapidement en lumière.

Passionnée par le genre animalier qu'elle domina, ainsi que par les fresques rurales, elle disposera de sa propre ménagerie abritant fauves et animaux domestiques et se dédiera à son art.

Œuvre de la maturité, ses paysages purs, à la lisière de l’abstraction, affranchis de l’hyperréalisme, au bénéfice de l’émotion, figurent le versant le plus poétique de son œuvre.

L'atelier de Rosa Bonheur se visite encore aujourd'hui à By, aux abords de Fontainebleau.